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« Les entreprises peuvent être vues comme un miroir de la vie de tous les jours »

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Lisa Tscherrig, 25 ans, étudiante à l’Université de Fribourg, a réalisé en 2009 un stage de trois semaines au Forum du bilinguisme. Elle a réalisé une enquête auprès d’une dizaine d’entreprises biennoises sur le thème «Bieler Unternehmen: Ressource Mehrsprachigkeit? Entreprises biennoises: ressource plurilinguisme?». Interview.


La Fribourgesoise Lisa Tscherrig a observé le bi-plurilinguisme des entreprises biennoises.

Combien d’entreprises biennoises avez-vous rencontrées dans le cadre de votre stage au Forum et comment les avez-vous choisies ?
J’ai rencontré dix représentants d’entreprises biennoises. J’ai fait deux groupes: entreprises petites/ moyennes et grandes entreprises. J’ai regardé après que le nombre soit équilibré. Une seconde catégorie se définissait par les traits suivants: entreprise ayant obtenu le Label du bilinguisme, typiquement francophone, typiquement germanophone, autres (pas typiquement une langue ou d’autres langues).

La classification de base s’est confirmée durant l’enquête : les prospectus, l'affichage, les langues d’accueil au téléphone et autres étaient dans la langue « prévue ».

Quels étaient les thèmes principaux de votre étude?
La question principale était : comment les entreprises biennoises traitent-elles le bi-plurilinguisme ? Les sous-questions :

a. Langues maîtrisées par les collaborateurs, les clients de l'entreprise
b. Ce qui est entrepris à l'interne de l'entreprise en faveur du plurilinguisme.
c. Quelle image l'entreprise donne-t-elle à l'extérieur (Internet, publicité, …)?
d. Quels sont les avantages du plurilinguisme pour l'entreprise sur un plan national, voir international?
e. Des mesures sont-elles prises dans les entreprises biennoises afin de favoriser le plurilinguisme?
f. Existe-t-il à Bienne des différences entre les PME et les grandes entreprises concernant la politique linguistique?

Combien de temps environ ont duré les entretiens ?
Les entretiens ont duré entre 20 minuteset 1h10 environ, ils étaient variés car le cadre temporel était différent selon les entreprises. Quand j’ai su qu’on aurait un temps restreint, j’ai choisi les questions les plus pertinentes.

Quels sont les principaux enseignements que vous tirez de cette enquête ?
Je ne pourrai répondre à cette question qu’après une analyse, et comme c’est une recherche qualitative, c’est difficile de tirer des conclusions « générales ». Mes premières impressions sont les suivantes :
• C’est la clientèle et par conséquent la décision des patrons quant au choix de la langue/ des langues («plurilinguisme vers l’extérieur ») ;
• Le « trend » vers un bi- ou plurilinguisme dépend beaucoup du directeur/ de la directrice (langues utilisées pour l’affichage, dans les réunions, employés…) (« plurilinguisme vers l’intérieur ») ;
• Les entreprises internationales ont des équipes pas seulement bi-, mais plurilingues et travaillent avec beaucoup de langues.
• La majorité des entreprises sont conscientes du bi-plurilinguisme, surtout les entreprises moyennes et grandes, c’est une stratégie « économique » (wirtschaftlich).
• On trouve aussi des entreprises qui veulent « seulement » s’adresser à une clientèle francophone, mais celles-ci sont sous-représentées dans mon enquête (Stichprobe).
• => Le plurilinguisme et vu comme atout, mais aussi comme défi.

Cette étude vous a-t-elle permis de mieux comprendre les spécificités de la ville de Bienne ?
Bien sûr. Les entreprises peuvent être vues comme un « miroir » de la vie de tous les jours: lors des entretiens, on a parlé d’exigences langagières de la clientèle, d’exigences face à la concurrence (bilingue), des théories (subjectives) des chefs de personnel, des défis et des chances dans une équipe bilingue/ plurilingue et de programmes (innovateurs) pour maintenir ce bi- plurilinguisme. Comme le bilinguisme est tellement visible à Bienne, je pense que les entreprises réagissent à cela, ils le doivent même pour lutter contre la concurrence. C’est donc une bonne chose, un moteur pour le maintien du bilinguisme, si les clients continuent à l’exiger (être servi dans sa langue). Ce constat vaut pour toutes les personnes interviewées.     

Vous qui êtes Fribourgeoise, quelles sont à votre avis les principales similitudes/différences entre les villes de Bienne et de Fribourg ?
Je n’ai pas en tête de ce que dit la recherche sur ce point, mais mon impression est qu’il y a une différence quant au bilinguisme vécu et exigé: à Fribourg, il n’est pas exigé de la même manière, les Germanophones se soumettent à la « loi francophone ». Je pense que l’acceptation du français est si grande que la majorité des entreprises peut même se permettre d’engager des personnes francophones avec moins de connaissances en allemand, si l’on compare ceci avec Bienne. Mais ceci n’est qu’une estimation.

Lisa Tscherrig, vous êtes étudiante à l’Université de Fribourg. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours d’études ?
Après ma maturité bilingue, j’ai commencé des études en sciences de l’éducation et en français langue étrangère à Fribourg en 2005. Après l’obtention du Bachelor en 2008, j’ai entamé un Master en « Didactique et Sciences de Plurilinguisme » et continué les Sciences de l’éducation pour me spécialiser dans le domaine de la pédagogie culturelle. En ce moment, je suis en dernier semestre du Master.

Les études m’ont permis d’obtenir des connaissances dans le domaine du plurilinguisme individuel et institutionnel. Mes intérêts sont les programmes bilingues et plurilingues des écoles (mon travail de Bachelor porte sur le jardin d’enfants bilingue de Macolin), les didactiques de langues, les minorités langagières en Suisse (mon mémoire porte sur le thème de la perception du plurilinguisme des migrants à l’école primaire), la pédagogie interculturelle ainsi que les politiques langagières.

Dans le cadre de mon stage à Bienne, j’ai eu l’occasion de travailler sur le thème du bi-plurilinguisme dans les entreprises, ce qui a été aussi très intéressant. Je considère les études sur le plurilinguisme comme très enrichissantes, surtout parce que les disciplines des sciences sociales et de la linguistique s’y croisent.

Comment avez-vous entendu parler du Forum du bilinguisme ?
Je crois que c’était pendant la recherche à Macolin pour mon travail de Bachelor - le thème du bilinguisme dans la société m’a beaucoup intéressé et ainsi, j’ai trouvé le Forum sur Internet. J’ai trouvé l’idée du Forum de relier la recherche et de pouvoir « bouger » quelque chose dans la vie de tous les jours d’une ville très intéressante.